Chaque mois, la Revue du Campus consigne ce qui compte dans la création contemporaine africaine et ses diasporas — sur le continent comme dans le monde entier. Ni exhaustive, ni pressée : une leçon de choses, vérifiée, datée, située.
L'Art — un monde polycentrique
L'époque n'a plus de capitale unique, et septembre le prouve ville par ville.
Dakar concentre l'attente : la 16e Biennale de l'Art africain contemporain s'y tiendra du 19 novembre au 19 décembre 2026, sous la direction artistique de Morad Montazami (Zamân Books & Curating), autour du thème « (Anti)fragilité : arts de la réparation et stratégies du contrecoup ». La sélection d'artistes était attendue à la mi-septembre.
Lagos s'affirme comme l'un des centres de gravité de l'année : désignée destination artistique majeure par Artsy, la ville prépare un automne dense — 5e Biennale de Lagos en octobre, puis 11e édition d'ART X Lagos du 5 au 8 novembre, la foire fondée par Tokini Peterside-Schwebig qui a bâti, fait rare, une véritable base de collectionneurs locaux.
Au Cap, le Zeitz MOCAA présente « We Proceed in the Footsteps of the Sunlight », premier survol muséal de la Ghanéo-Allemande Zohra Opoku — et acte une nomination de poids : Elvira Dyangani Ose en prend la direction artistique.
À Harare, la National Gallery of Zimbabwe accueillera du 20 au 22 novembre la 58e conférence annuelle du CIMAM, le comité international des musées d'art moderne — le monde muséal mondial siègera en Afrique australe. À Ouagadougou, les Rencontres internationales de la peinture (RIPO) ont lancé le 20 septembre leur sixième édition, vingt ans d'échanges autour de la peinture.
En Europe, la rentrée est dense. À Venise, la Biennale 2026 est présentée comme la plus africaine de ses 131 ans d'histoire. À Bruxelles, BOZAR consacre à William Kentridge « I am not me, the horse is not mine » (18 septembre 2026 – 7 mars 2027), et le nouveau musée KANAL, installé dans l'ancien garage Citroën, ouvrira le 28 novembre avec une installation participative d'Otobong Nkanga. À Paris, la Fondation Cartier inaugure son nouveau bâtiment avec Ibrahim Mahama, autour des utopies nées des indépendances africaines.
Aux États-Unis, la Yale University Art Gallery ouvre en septembre « Nguni: Migrant Nations of Southeast Africa », qui retrace mouvements, mémoire et continuités culturelles de l'Afrique du Sud-Est, des chefs-d'œuvre historiques à la création contemporaine.
Le Marché — signaux contrastés
À Cape Town, la vente du soir de Strauss & Co du 15 septembre a mis à l'honneur les femmes de l'art sud-africain moderne et contemporain — Irma Stern, Maggie Laubser, Penny Siopis en tête. À Londres, signal inverse : la galerie Tiwani Contemporary, qui a accompagné les débuts de Joy Labinjo et Gareth Nyandoro, ferme son espace de Cork Street et suspend son antenne de Lagos, invoquant les incertitudes du marché. Dans le même temps, la Tate élargit son comité d'acquisitions Afrique avec l'arrivée de la philanthrope Omenaa Mensah, d'héritage ghanéen. Un marché qui se consolide par endroits, se fragilise ailleurs : le campus observe.
La Mode — fin d'un chapitre
« Africa Fashion », l'exposition conçue par le Victoria and Albert Museum de Londres, a refermé ses portes au musée du quai Branly – Jacques Chirac le 20 septembre, après New York, Chicago, Melbourne et Montréal. Un tour du monde achevé : la mode africaine exposée non comme décor, mais comme pensée.
La Musique — de Hollywood à Bercy
À Los Angeles, Angélique Kidjo reçoit son étoile sur le Hollywood Walk of Fame — une première pour la musique africaine, attendue depuis la création de la promenade il y a soixante-six ans. À Paris, Sidiki Diabaté a rempli l'Accor Arena le 18 septembre pour un concert consacré à la musique mandingue : après le Zénith en 2022 et Paris La Défense Arena en 2025, la démonstration est faite que ces musiques remplissent seules les plus grandes salles, hors des cases où l'on voulait les ranger. Côté industrie, le SIMA a annoncé depuis Cotonou sa troisième édition, les 12 et 13 novembre au Bénin : « Musique africaine : de la scène au pouvoir d'influence ».
Les Images — mémoire des écrans
Le cinéma a ouvert le mois à Paris avec la 16e édition du Festival international des films de la diaspora africaine (FIFDA), du 4 au 6 septembre, une quinzaine de films entre fictions, courts métrages et documentaires. À Cologne, l'Afrika Film Festival occupe les écrans du 17 au 27 septembre. Et une parution à retenir : « Réparer le visible : La Cinémathèque Afrique, histoires d'une collection » (dir. Farah Clémentine Dramani-Issifou, Marest / Institut français, 17 septembre) — pour la première fois, l'histoire critique de ce fonds de films né en pleine décolonisation est écrite, et avec elle la question de qui garde les images, et pour qui.
À l'agenda mondial du Campus
Octobre — 1-54, Londres, pendant la Frieze Week ; Biennale de Lagos. Novembre — ART X Lagos (5–8) ; SIMA, Cotonou (12–13) ; Biennale de Dakar (dès le 19) ; CIMAM, Harare (20–22) ; ouverture de KANAL, Bruxelles (28). Décembre — Art Basel Miami Beach, où les artistes du continent et des diasporas sont désormais présentés par les plus grandes galeries internationales.
Live. Learn. Repeat.



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