Avant Instagram, avant la presse, il existait en Afrique de l'Ouest un média que tout le monde savait lire : le pagne.
L'histoire du wax est elle-même une leçon de diaspora. La technique vient du batik indonésien ; des industriels néerlandais l'ont mécanisée au XIXᵉ siècle en espérant conquérir le marché de Java — et c'est en Afrique de l'Ouest que ces tissus « imparfaits », avec leurs craquelures d'impression, ont trouvé leur véritable public. Les Africaines n'ont pas subi ce tissu venu d'ailleurs : elles l'ont annexé, renommé, retourné en langage.
Car chaque motif porte un nom, et chaque nom est un message. « L'œil de ma rivale », « Ton pied, mon pied », « Mari capable » : porter tel pagne à telle occasion, c'était adresser une phrase — à une épouse rivale, à un mari, à tout le quartier — sans prononcer un mot. Les marchés d'Abidjan et de Lomé, tenus par les légendaires « Nana Benz » du Togo, fonctionnaient comme des maisons d'édition : elles baptisaient les motifs, décidaient des tirages, faisaient et défaisaient les succès.
Un textile qui se lit, des éditions nommées et numérotées, des femmes éditrices — vous voyez où nous voulons en venir. Quand African College parle d'archives portables et de leçons numérotées, nous n'inventons rien : nous continuons, avec nos outils, la plus ancienne tradition médiatique du continent. Le pagne parlait. Nos leçons écrivent.


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